Des poĂšmes pour partager la douleur La cĂ©rĂ©monie funĂ©raire peut faire lâobjet de lectures, chants, moments de priĂšre, ⊠peu importe quâelle soit religieuse ou laĂŻque, il est possible de la personnaliser selon ses dĂ©sirs et les aspirations de chacun. Le deuil est un moment oĂč il nâest pas toujours facile de trouver les bons mots pour exprimer ce que lâon ressent. La poĂ©sie peut permettre dâadoucir un peu la peine et de partager des mĂȘmes sentiments ressentis. Câest une jolie maniĂšre de rendre hommage Ă la personne dĂ©cĂ©dĂ©e. PoĂ©sie en prose ou poĂšmes classiques, choisissez les formats de textes qui vous inspirent le plus. A quel moment de la cĂ©rĂ©monie lire des poĂšmes ? Il nây a pas de rĂšgles strictes et chacun peut organiser les lectures et divers temps de parole ou silence comme il le souhaite et selon ses dĂ©sirs. Le type de cĂ©rĂ©monie peut aussi guider lâorganisation. PoĂ©sie et religion Lors dâobsĂšques religieuses, la personne qui officie la cĂ©lĂ©bration est en charge du dĂ©roulement de lâhommage. Ainsi, dans les Ă©glises, il est courant dâassister Ă la lecture de priĂšres ou textes religieux. Des poĂšmes religieux sont couramment lus. Les proches peuvent lire les textes au moment de lâinhumation, câest un moment opportun pour la lecture de poĂšmes. Lire des poĂšmes nâest pas toujours appropriĂ©. Le judaĂŻsme impose des funĂ©railles sobres et modestes. Le rabbin prononce lâĂ©loge funĂšbre et les proches prononcent le Kaddish. Un poĂšme pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme de la vanitĂ©. CĂ©rĂ©monie civile Lire de la poĂ©sie peut sâinscrire parfaitement dans le dĂ©roulĂ© dâune cĂ©rĂ©monie funĂ©raire laĂŻque. Les lectures sont souvent faites par les proches et la famille juste aprĂšs le discours dâaccueil du maitre de cĂ©rĂ©monie. AprĂšs un petit temps de recueillement, la lecture des textes peut dĂ©buter. Quels poĂšmes lire ? LĂ encore, pas de rĂšgles strictes en la matiĂšre. La poĂ©sie nâest pas une obligation et chacun doit se sentir libre. Voici quelques exemples de poĂšmes frĂ©quemment lus lors dâobsĂšques Ne restez pas â Stevenson Ne restez pas Ă pleurer autour de mon cercueil, Je ne mây trouve pas. Je ne dors pas. Je suis un millier de vents qui soufflent, Je suis le scintillement du diamant sur la neige, Je suis la lumiĂšre du soleil sur le grain mĂ»r, Je suis la douce pluie dâautomne, je suis lâenvol hĂątif. Des oiseaux qui vont commencer leur vol circulaire quand tu tâĂ©veilles dans le calme du matin, Je suis le prompt essor qui lance vers le ciel oĂč ils tournoient les oiseaux silencieux. Je suis la douce Ă©toile qui brille, la nuit, Ne restez pas Ă vous lamenter devant ma tombe, je nây suis pas je ne suis pas mort. Le souvenir â Doris Lussier Un ĂȘtre humain qui sâĂ©teint, ce nâest pas un mortel qui finit. Câest un immortel qui commence. Câest pourquoi en allant confier oĂč il dormira doucement Ă cotĂ© des siens, en attendant que jâaille lây rejoindre, je ne lui dis pas adieu, je lui dis Ă bientĂŽt. Car la douleur qui me serre le cĆur raffermit, Ă chacun de ses battements, ma certitude quâil est impossible dâautant aimer un ĂȘtre et de le perdre pour toujours. Ceux que nous avons aimĂ©s et que nous avons perdus ne sont plus oĂč ils Ă©taient, mais ils sont toujours et partout oĂč nous sommes. Cela sâappelle dâun beau mot plein de poĂ©sie et de tendresse le souvenir. Pour une crĂ©mation â Philippe Grignard Et quand la flamme que tu as choisie comme ultime passage pour lâenveloppe quâa contenue ta vie, aura rendu Ă la terre ce qui appartient Ă la Terre, et aura rendu au vent ce qui appartient au Vent, il restera de toi, lâessentiel ce que tu as donnĂ©. Et quand, un jour plus tard, les larmes de notre affection auront sĂ©chĂ©, alors en terre, en Vent, en feu, en Eau et en Amour, tout aura Ă©tĂ© accompli de lâau-delĂ de ta destinĂ©e au cĆur du Grand MystĂšre, un jour appelĂ© Vie, trop tĂŽt appelĂ© Mort, en Dieu. La mort nâest rien â Charles PĂ©guy dâaprĂšs un texte de St Augustin La mort nâest rien Je suis simplement passĂ© dans la piĂšce Ă cĂŽtĂ©. Je suis moi. Tu es toi. Ce que nous Ă©tions lâun pour lâautre, nous le sommes toujours. Donne-moi le nom que tu mâa toujours donnĂ©. Parle-moi comme tu lâas toujours fait. Nâemploie pas de ton diffĂ©rent. Ne prends pas un air solennel ou triste. Continue Ă rire de ce qui nous faisait vivre ensemble. Prie. Souris. Pense Ă moi. Prie pour moi. Que mon nom soit toujours prononcĂ© Ă la maison comme il lâa toujours Ă©tĂ©. Sans emphase dâaucune sorte et sans trace dâombre. La vie signifie ce quâelle a toujours signifiĂ©. Elle reste ce quâelle a toujours Ă©tĂ©. Le fil nâest pas coupĂ©. Pourquoi serais-je hors de ta pensĂ©e, Simplement parce que je suis hors de ta vue ? Je tâattends. Je ne suis pas loin. Juste de lâautre cĂŽtĂ© du chemin. Tu vois, tout est bien. Je sais que tu es lĂ â Jean Giono Je sais que tu es lĂ , toujours derriĂšre moi. DerriĂšre moi, maintenant, au moment oĂč jâĂ©cris, je sais que ton amitiĂ© est plus fidĂšle que tous les amours du monde et que câest, humblement, dâune autre qualitĂ©. Mais je voudrais que tu aies ta place parmi ceux qui peuvent saisir des pommes, manger des figues, courir, nager, faire des gosses, vivre. Plus Ă©goĂŻstement, je voudrais que tu sois lĂ pour moi. JâĂ©coute. Il nây a pas de bruit ici. Ici, ici, oĂč es-tu ? LĂ -bas, dans lâombre de la commode, il nây a rien que mon lit. Cette chose sombre lĂ -bas, câest mon manteau de berger. Tu nâes pas lĂ . Alors. Devant les livres ? Devant tes livres favoris, câest deux ou trois que tu prenais toujours puis tu restais Ă lire tout debout ? Es-tu lĂ ? Je touche les livres. Ils ont encore toute leur poussiĂšre. Tu es ombre, toi lĂ , derriĂšre ma chaise. Je ne toucherai plus ta main. Tu ne tâappuieras plus jamais sur mon Ă©paule. Je nâentendrai plus ta voix. Je ne verrai plus ton bon regard avec son honnĂȘtetĂ© et son grand rayon. Je sais que tu es lĂ , prĂšs de moi, comme tous les morts que jâaime et qui mâaiment, comme mon pĂšre, comme un ou deux autres. Mais tu es mort. Bien choisis, les poĂšmes peuvent transmettre des Ă©motions que dâautres lectures et chants ne parviendraient pas Ă traduire.
LAPASSION. (Extraits du « MystĂšre de la charitĂ© de Jeanne d'Arc ») Charles PĂ©guy. Tout cela se passait sous la clartĂ© des cieux ; Les anges dans la nuit avaient formĂ© des chĆurs. Les anges dans la nuit chantaient comme des fleurs. Par dessus les bergers, par dessus les rois mages. LâĂ©toile dans la nuit brillait comme un clou dâor.L'amour ne disparaĂźt pas de Charles PĂ©guy La mort n'est rien je suis seulement dans la piĂšce d'Ă cĂŽtĂ© Je suis moi, vous ĂȘtes vous Ce que j'Ă©tais pour vous, je le resterai toujours Donnez moi le prĂ©nom que vous m'avez toujours donnĂ© Parlez moi comme vous l'avez toujours fait N'employez pas un ton diffĂ©rent Ne prenez pas un ton solennel ou triste Continuez Ă rire de ce qui nous faisait rire ensemble Priez, souriez, pensez Ă moi Que mon prĂ©nom soit prononcĂ© Ă la maison Comme il l'a toujours Ă©tĂ© Sans emphase d'aucune sorte, sans trace d'ombre ! La vie signifie ce qu'elle a toujours signifiĂ© Elle est toujours ce qu'elle a Ă©tĂ© Le fil n'est pas coupĂ© Pourquoi serais-je hors de votre pensĂ©e Simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je vous attends Je ne suis pas loin, Juste de l'autre cĂŽtĂ©... LaMort N'est Rien - Charles PĂ©guy. L'amour ne disparait jamais La mort n'est rien. Je suis seulement passĂ© dans la piĂšce Ă cĂŽtĂ©. Je suis moi, tu es toi. Ce que nous Ă©tions l'un pour l'autre, Nous le sommes toujours. Donne-moi le nom que tu m'as toujours donnĂ©, Parle-moi comme tu l'as toujours fait, N'emploie pas un ton diffĂ©rent,
10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 1700 Sur ce journal intime qui a tendance à voir la vie en rose, il est des jours, comme aujourd'hui, que je dois marquer d'une croix par ce texte de Charles Péguy que nous avons entendu, Mamie et moi, au cimetiÚre de Draveil...Charles Péguy faisait dire à la défunte "La mort n'est rien. Je suis simplement passé dans la piÚce à cÎté. Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours. Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné. Parlez de moi comme vous l'avez toujours fait N'employez pas un ton différent, Ne prenez pas un ton solennel ou triste. Continuez à rire de ce qui nous faisait rire. Priez, souriez, pensez à moi. Priez pour moi. Que mon nom soit prononcé à la maison, comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre. La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de vue ? Je ne suis pas loin, juste de l'autre cÎté du chemin. Vous voyez, tout va bien !" Charles Péguy, d'aprÚs un texte de Saint Augustin Publié par Michel Blondeau - dans Réflexion
CettepriĂšre est frĂ©quemment lue lors dâobsĂšques. On lâattribue Ă Charles PĂ©guy, d'aprĂšs un texte de Saint Augustin (354-430). Mais elle a en fait pour origine un sermon sur la mort, prononcĂ© par le chanoine irlandais Henry Scott-Holland (1847-1918) Ă St Paul's Cathedral en 1910, pendant l'exposition du corps du Roi Edouard VII Ă Westminster. Le 5 septembre 1914, tombait au champ dâhonneur lâĂ©crivain Charles PĂ©guy, lieutenant au 276Ăšme rĂ©giment dâinfanterie, mortellement touchĂ© dâune balle en plein front prĂšs de Villeroy Seine-et-Marne. Une mort qui est le couronnement de toute une vie et donne un relief particulier Ă son Ćuvre, scellĂ©e, par le sang versĂ©, aux citĂ©s charnelles quâil sut si bien chanter Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, [âŠ] couchĂ©s dessus le sol Ă la face de Dieu [âŠ] Heureux les Ă©pis mĂ»rs et les blĂ©s moissonnĂ©s » 1. Une guerre qui faucha aussi deux semaines plus tard son fidĂšle ami qui lâavait accompagnĂ© sur les routes de Chartres, lâĂ©crivain Henri Alain-Fournier, auteur du Grand Meaulnes. Maurice BarrĂšs a admirablement bien rĂ©sumĂ© le sens de la mort de PĂ©guy ll est tombĂ© les armes Ă la main, face Ă lâennemi, le lieutenant de ligne Charles PĂ©guy. Le voilĂ entrĂ© parmi les hĂ©ros de la pensĂ©e française. Son sacrifice multiplie la valeur de son Ćuvre. Il cĂ©lĂ©brait la grandeur morale, lâabnĂ©gation, lâexaltation de lâĂąme. Il lui a Ă©tĂ© donnĂ© de prouver en une minute la vĂ©ritĂ© de son Ćuvre » 2. Tout a Ă©tĂ© dit sur PĂ©guy dont la figure ne cesse dâintriguer hommes politiques et historiens des idĂ©es, qui sâĂ©vertuent sans succĂšs Ă le classifier arbitrairement selon les schĂ©mas de pensĂ©e de lâidĂ©ologie dominante. Celle-ci voudrait empĂȘcher quâun socialiste dreyfusard dâorigine modeste soit devenu sans renoncer Ă lui-mĂȘme, un poĂšte mystique, un chantre de lâenracinement patriotique et un pĂšlerin de lâespĂ©rance chrĂ©tienne. Or, Charles PĂ©guy fĂ»t tout cela Ă la fois, nâen dĂ©plaise Ă Bernard-Henri Levy, qui voulut en faire, dans une paranoĂŻa dĂ©lirante, le prĂ©curseur dâun fascisme Ă la Française 3. Inclassable PĂ©guy dont la pensĂ©e est constamment guidĂ©e par un mĂȘme fil conducteur, une quĂȘte inlassable et insatiable de vĂ©ritĂ©. En crĂ©ant Les Cahiers de la Quinzaine, en 1900, il assigne Ă sa nouvelle revue lâambition de dire la vĂ©ritĂ©, toute la vĂ©ritĂ©, rien que la vĂ©ritĂ©, dire bĂȘtement la vĂ©ritĂ© bĂȘte, ennuyeusement la vĂ©ritĂ© ennuyeuse, tristement la vĂ©ritĂ© triste ». Câest au nom de la fidĂ©litĂ© Ă cette mĂȘme vĂ©ritĂ© quâil se sĂ©parera de son ami JaurĂšs et critiquera le parlementarisme bon teint de la RĂ©publique radicale, dĂ©plorant le dĂ©voiement de lâidĂ©al de justice qui prĂ©valait encore au dĂ©but de lâaffaire Dreyfus La mystique rĂ©publicaine, câĂ©tait quand on mourait pour la RĂ©publique, la politique rĂ©publicaine, câest Ă prĂ©sent quâon en vit » 4. Paroles que tout homme politique devrait mĂ©diter aujourdâhui⊠NĂ© en 1873 dans une famille modeste sa mĂšre est rempailleuse de chaises et son pĂšre, menuisier, meurt dâun cancer quelques mois aprĂšs sa naissance, Charles garde de son enfance le goĂ»t dâune certaine ascĂšse ainsi que lâamour du travail bien fait portĂ© jusquâĂ sa perfection. Nous avons connu des ouvriers qui le matin ne pensaient quâĂ travailler. Ils se levaient le matin â et Ă quelle heure ! â et ils chantaient Ă lâidĂ©e quâils partaient travailler. [âŠ] Travailler Ă©tait leur joie mĂȘme, et la racine profonde de leur ĂȘtre. Il y avait un honneur incroyable du travail [âŠ] Nous avons connu cette piĂ©tĂ© de lâouvrage bien fait, poussĂ©e, maintenue, jusquâĂ ses plus extrĂȘmes exigences. Jâai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du mĂȘme esprit et du mĂȘme cĆur, et de la mĂȘme main, que ce mĂȘme peuple avait taillĂ© des cathĂ©drales » 5. Le travail revĂȘt mĂȘme une dimension spirituelle chez les ouvriers et artisans Tout Ă©tait une Ă©lĂ©vation intĂ©rieure, et une priĂšre, toute la journĂ©e [âŠ] Leur travail Ă©tait une priĂšre. Et lâatelier, un oratoire » 6. Vient ensuite la rĂ©vĂ©lation de lâĂ©cole avec lâinfluence dĂ©terminante dâun personnage auquel PĂ©guy rendra plus tard un Ă©mouvant hommage ThĂ©ophile Naudy. Directeur de lâĂ©cole normale dâinstituteurs dâOrlĂ©ans, cet inspecteur en retraite avait remarquĂ© les qualitĂ©s de lâĂ©lĂšve dĂšs le primaire et insistĂ© pour lui faire suivre un cursus classique collĂšge, lycĂ©e qui le propulsa jusquâĂ lâĂcole normale supĂ©rieure quâil intĂ©gra, aprĂšs deux Ă©checs, en 1894. Câest avec une Ă©motion teintĂ©e de nostalgie que PĂ©guy dĂ©crit lâidĂ©al de lâĂ©cole rĂ©publicaine qui lui permit dâaccĂ©der Ă la culture classique Nos jeunes maĂźtres Ă©taient beaux comme des hussards noirs. Sveltes, sĂ©vĂšres, sanglĂ©s. SĂ©rieux et un peu tremblants de leur prĂ©coce, de leur soudaine omnipotence ». Mais, dans les annĂ©es 1900, PĂ©guy sent ce monde basculer vers une mentalitĂ© bassement mercantile, insufflĂ©e selon lui par la bourgeoisie qui contamine lâesprit du peuple et le discours socialiste. Comme le souligne le professeur Antoine Compagnon, pour PĂ©guy, vers le tournant du siĂšcle, âfaire la classeâ a cessĂ© dâĂȘtre une mission pour devenir une obligation professionnelle. Les maĂźtres sâappellent dĂ©sormais des instituteurs, et sur le modĂšle des ouvriers, rĂ©clament le droit de se syndiquer. Au nom de lâĂ©galitĂ©, ils rechignent Ă participer aux Ćuvres dâĂ©ducation populaire qui sâajoutaient Ă leurs services aprĂšs lâĂ©cole et sans rĂ©munĂ©ration. Tout travail nâest plus une priĂšre mais mĂ©rite un salaire » 7. Câest la fin de la gratuitĂ© du don. Ă lâĂcole normale supĂ©rieure, PĂ©guy est lâĂ©lĂšve de Romain Rolland et dâHenri Bergson, il subit lâinfluence du bibliothĂ©caire socialiste Lucien Herr et devient fascinĂ© par la figure de Jean JaurĂšs. Câest lâĂ©poque du socialisme qui nâa jamais revĂȘtu chez lui un caractĂšre marxiste ni procĂ©dĂ© dâune lutte des classes 8, mais ressemble plutĂŽt Ă un vaste de mouvement de fraternitĂ© universelle, donnant Ă chacun la possibilitĂ© de dĂ©ployer toutes ses potentialitĂ©s sans un quelconque Ă©galitarisme niveleur, ce quâon appellerait aujourdâhui lâĂ©galitĂ© des chances. ImprĂ©gnĂ© dâune pensĂ©e philosĂ©mite, PĂ©guy se dit le commensal des Juifs », câest-Ă -dire celui qui mange Ă leur table. Entretenant une relation spirituelle avec le mystĂšre dâIsraĂ«l, câest tout naturellement quâil est amenĂ© Ă prendre, au nom de la justice, la dĂ©fense du capitaine Dreyfus. Pour autant, il se dĂ©tache trĂšs vite du milieu dreyfusard quâil accuse dâĂȘtre plus prĂ©occupĂ© de tirer les dividendes politiques de lâAffaire que de dĂ©fendre lâinnocence de lâinfortunĂ© condamnĂ© de lâĂźle du Diable. La rupture est complĂšte dans Notre jeunesse 1910 oĂč il sâen prend de maniĂšre virulente Ă Daniel HalĂ©vy, son ancien compagnon de combat, puis dans LâArgent 1913 oĂč il qualifie JaurĂšs de traĂźtre » Ă la cause du dreyfusisme et de misĂ©rable loque », en le prĂ©sentant comme lâhomme qui reprĂ©sente en France la politique impĂ©riale allemande » 9. Car sâil est un autre trait qui caractĂ©rise PĂ©guy, câest son patriotisme. Loin dâĂȘtre une abstraction ou une idĂ©ologie, il procĂšde avant tout de lâĂ©troite imbrication des intĂ©rĂȘts spirituels et de leur enracinement dans la vie dâune nation Car le spirituel est lui-mĂȘme charnel. Et lâarbre de la grĂące est racinĂ© profond. Et plonge dans le sol et cherche jusquâau fond » 10. PĂ©guy nâest pas nationaliste car pour lui, la nation ne constitue pas lâhorizon indĂ©passable de lâhomme La patrie nâachĂšve pas lâhomme elle le forme et le protĂšge des destins qui la dĂ©passent » rĂ©sume Daniel HalĂ©vy en Ă©voquant la pensĂ©e de celui dont il fut le principal collaborateur 11 Et PĂ©guy lui-mĂȘme de prĂ©ciser le sens de son patriotisme Je ne veux pas que lâautre soit le mĂȘme, je veux que lâautre soit autre. Câest Ă Babel quâĂ©tait la confusion, dit Dieu, cette fois que lâhomme voulut faire le malin » 12, dĂ©nonçant ainsi la nĂ©gation des identitĂ©s au prĂ©texte dâun universalisme mal compris. Câest dâailleurs dans la figure de Jeanne dâArc que culmine son amour de la patrie. Amour quâil dĂ©cline depuis 1908 sous un autre mode Jâai retrouvĂ© ma foi. Je suis catholique », confie-t-il Ă ce moment-lĂ Ă son ami Joseph Lotte. Il ne sâagit pas pour lui dâune conversion mais dâun aboutissement de sa quĂȘte de vĂ©ritĂ©. Sa foi, dĂšs lors, Ă©clate dans une magnifique trilogie oĂč il mĂ©dite les grands mystĂšres chrĂ©tiens et particuliĂšrement les vertus thĂ©ologales Le mystĂšre de la charitĂ© de Jeanne dâArc 1910, Le Porche du MystĂšre de la deuxiĂšme vertu 1911, et Le mystĂšre des Saints Innocents 1912. Foi qui le conduira devant des difficultĂ©s familiales maladie dâun fils, tentation de lâadultĂšre Ă effectuer, Ă deux reprises, un pĂšlerinage de Paris Ă Chartres, oĂč parcourant 144 km en trois jours, il prie au rythme des alexandrins quâil compose Ătoile de la mer voici la lourde nappe / Et la profonde houle et lâocĂ©an des blĂ©s / Et la mouvante Ă©cume et nos greniers comblĂ©s / Voici votre regard sur cette immense chape » 13. Au final, la pensĂ©e de PĂ©guy, indissociable du personnage tellement il a voulu la vivre profondĂ©ment, demeure une boussole pour notre temps â PĂ©guy sâattache aux continuitĂ©s de notre histoire il est celui qui voit dans la mĂ©ritocratie rĂ©publicaine la poursuite de lâĆuvre monarchique, lĂ oĂč beaucoup dâidĂ©ologues sâefforcent dây dresser une antinomie, â PĂ©guy veut rĂ©concilier patrons et ouvriers autour de lâamour du travail bien fait et le sens de la gratuitĂ©, qui fait si cruellement dĂ©faut aujourdâhui, oĂč lâesprit de chicane et de revendication atteint son paroxysme, â PĂ©guy conçoit la patrie comme lâenracinement des valeurs spirituelles dans une terre charnelle et lui accorde un amour de prĂ©fĂ©rence sans pour autant lui confĂ©rer le statut dâidole qui embrasse toutes les dimensions de la personne, â PĂ©guy devine le sens mystĂ©rieux et lâabĂźme insondable de la condition humaine, et dĂ©nonce avec virulence toute prĂ©tention de lâhumanisme moderne Ă vouloir lâinfĂ©oder au pouvoir corrupteur de lâargent et au matĂ©rialisme destructeur, ce qui est le cas quand lâĂ©conomie dicte sa loi au monde politique, â PĂ©guy reste enfin un modĂšle de tĂ©nacitĂ©, de libertĂ© et de courage pour avoir inlassablement recherchĂ© la vĂ©ritĂ©, parfois au prix douloureux de ses amitiĂ©s, et incarnĂ© ses convictions jusquâau sacrifice suprĂȘme. > Charles Beigbeder est entrepreneur, prĂ©sident de la holding Gravitation et Ă©lu du VIIIe arrondissement de Paris, > BenoĂźt Dumoulin est un jeune professionnel engagĂ© dans la vie politique et associative. Notes 3. LâidĂ©ologie française, 1981. 4. Notre Jeunesse, 1910. 5. LâArgent, 1913. 6. LâArgent, op. cit. 7. PrĂ©sentation de LâArgent par Antoine Compagnon, Ă©dition des Equateurs, 2008. 8. Pour PĂ©guy, la lutte de classe ne revĂȘt aucun sens qui soit socialiste mais procĂšde dâune compĂ©tition, dâune rivalitĂ© et dâune concurrence, qui la rattache aux valeurs de la bourgeoisie. 9. JaurĂšs prĂŽnait alors un rapprochement avec lâAllemagne en 1911-1912, pour contrer lâalliance franco-russe et prĂ©venir un conflit dans les Balkans. 10. Ăve, 1913. 11. Daniel HalĂ©vy, Charles PĂ©guy et les Cahiers de la Quinzaine, Payot, 1918. 12. Le mystĂšre de lâenfant prodigue, in Ćuvres poĂ©tiques complĂštes. 13. PrĂ©sentation de la Beauce Ă Notre-Dame de Chartres, in La tapisserie de Notre-Dame, 1913.LePorche du mystĂšre de la deuxiĂšme vertu, Charles PĂ©guy, Ă©d. Gallimard, coll. NRF, 1941, p. 15. Facebook . Twitter. WhatsApp. Image âLe monde est plein d'honnĂȘtes gens. On les reconnaĂźt Ă ce qu'ils font les mauvais coups avec plus de maladresse.â â Charles PĂ©guy. Facebook. Twitter. WhatsApp. Image âFlatter les vices du peuple est encore plus lĂąche et plus sale que de flatter
Cettecitation de Charles PĂGUY : Un juge habituĂ© est un juge mort pour la justice. , fait partie des plus belles citations et pensĂ©es que nous vous proposons de Charles PĂGUY . Vous pouvez consulter les meilleures citations de Charles PĂGUY ainsi que les plus belles pensĂ©es attribuĂ©es Ă Charles PĂGUY. Cette citation parle de habituĂ©
Nepleurez pas. Aujourd'hui, je faisais des recherches sur la conception de la mort de Saint-Augustin, et je suis tombĂ© sur quelque chose de fort intĂ©ressant: un poĂšme qui, au dĂ©part je croyais ĂȘtre l'oeuvre d'un certain Charles PĂ©guy(auteur français des nĂ© dans les annĂ©es 1800) qui Ă©tait basĂ© sur une priĂšre de Saint-Augustin. Je l'aurais volontier partager avec la classe, mais
PubliĂ© le 05/09/2014 Ă 1655 Cent ans aprĂšs sa disparition, les mots de Charles PĂ©guy rĂ©sonnent encore avec une justesse dĂ©concertante. Rue des Archives/Rue des Archives/Tallandier L'Ă©crivain français est mort au combat le 5 septembre 1914. Ă l'occasion du centenaire de sa mort, voici un florilĂšge de rĂ©flexions trĂšs actuelles du fondateur des Cahiers de la sa prĂ©face de PĂ©guy tel qu'on l'ignore Gallimard, 1973, Jean Bastaire se demande quand Charles PĂ©guy va-t-il enfin sortir de ce placard hypocrite et dĂ©suet oĂč l'a confinĂ© la seconde moitiĂ© du siĂšcle?». Un temps balayĂ© des rĂ©fĂ©rences culturelles, Charles PĂ©guy revient, plus actuel que jamais. Cent ans aprĂšs sa disparition, ses mots rĂ©sonnent encore avec une justesse dĂ©concertante. Sur la politique, l'enseignement, l'argent, les grandes problĂ©matiques de notre temps, Charles PĂ©guy nous parle encore.â Le monde politiqueLe parti politique socialiste est entiĂšrement composĂ© de bourgeois intellectuels.» L'Argent, 1913AussitĂŽt aprĂšs nous commence le monde que nous avons nommĂ©, que nous ne cesserons pas de nommer le monde moderne. Le monde qui fait le malin. Le monde des intelligents, des avancĂ©s, de ceux qui savent, de ceux Ă qui on n'en remontre pas, de ceux Ă qui on n'en fait pas accroire. Le monde de ceux Ă qui on n'a plus rien Ă apprendre. Le monde de ceux qui font le malin. Le monde de ceux qui ne sont pas des dupes, des imbĂ©ciles. Comme nous. C'est-Ă -dire le monde de ceux qui ne croient Ă rien, pas mĂȘme Ă l'athĂ©isme, qui ne se dĂ©vouent, qui ne se sacrifient Ă rien. Exactement le monde de ceux qui n'ont pas de mystique. Et qui s'en vantent.» Notre Jeunesse, 17 juillet 1910â La rĂ©volutionUne rĂ©volution n'est pas une opĂ©ration par laquelle on se contredit. C'est une opĂ©ration par laquelle rĂ©ellement on se renouvelle, on devient nouveau, frais, entiĂšrement, totalement, absolument nouveau. Et c'est en partie pour cela qu'il y a si peu de vĂ©ritable rĂ©volution dans le monde moderne. Jamais on n'avait tant parlĂ© de RĂ©volution. Jamais on n'a Ă©tĂ© aussi incapable de faire aucune vĂ©ritable rĂ©volution, rĂ©novation, innovation. Parce que jamais aucun monde n'a autant manquĂ© de fraĂźcheur.» Suite de Notre Patrie, novembre 1905.â L'enseignementIl n'y a jamais eu de crise de l'enseignement ; les crises de l'enseignement ne sont pas des crises de l'enseignement ; elles sont des crises de vie. Quand une sociĂ©tĂ© ne peut pas enseigner, c'est que cette sociĂ©tĂ© ne peut pas s'enseigner ; c'est qu'elle a honte, c'est qu'elle a peur de s'enseigner elle-mĂȘme ; pour toute humanitĂ©, enseigner, au fond, c'est s'enseigner ; une sociĂ©tĂ© qui ne s'enseigne pas est une sociĂ©tĂ© qui ne s'aime pas ; qui ne s'estime pas ; et tel est prĂ©cisĂ©ment le cas de la sociĂ©tĂ© moderne.» Pour la rentrĂ©e, 1904â L'argentPour la premiĂšre fois dans l'histoire du monde l'argent est maĂźtre sans limitation ni mesure. Pour la premiĂšre fois dans l'histoire du monde l'argent est seul en face de l'esprit. Pour la premiĂšre fois dans l'histoire du monde l'argent est seul devant Dieu.» Note conjointe, 1er aoĂ»t 1914â L'artUne vĂ©ritable Ćuvre d'art ne naĂźt pas piĂšce de musĂ©e. Mais elle naĂźt dans un pays parmi des hommes et des mĆurs. L'idĂ©al n'est pas que les Ćuvres soient couchĂ©es quelque part dans un cimetiĂšre universel, mais l'idĂ©al est que les fleurs et les Ćuvres naissent, poussent, croissent, demeurent libres dans la terre natale, et qu'elles y accueillent le visiteur en voyage. Aujourd'hui, au contraire, c'est le visiteur inerte qui fait voyager les Ćuvres.» RĂ©ponse brĂšve Ă JaurĂšs, 4 juillet 1900â L'EgliseL'Eglise ne se rouvrira point le peuple Ă moins que de faire, elle aussi, elle comme tout le monde, Ă moins que de faire les frais d'une rĂ©volution Ă©conomique, d'une rĂ©volution sociale, d'une rĂ©volution industrielle, pour dire le mot d'une rĂ©volution temporelle pour le salut Ă©ternel.» Notre Jeunesse, 1910â La presseOn conduit aujourd'hui les lecteurs comme on n'a pas cessĂ© de conduire les Ă©lecteurs. La presse constitue un quatriĂšme pouvoir. Beaucoup de journalistes, qui blĂąment avec raison la faiblesse des mĆurs parlementaires, feraient bien de se retourner sur soi-mĂȘme et de considĂ©rer que les salles de rĂ©daction se tiennent comme les Parlements. Il y a au moins autant de dĂ©magogie parlementaire dans les journaux que dans les assemblĂ©es. Il se dĂ©pense autant d'autoritĂ© dans un comitĂ© de rĂ©daction que dans un conseil des ministres ; et autant de faiblesse dĂ©magogique. Les journalistes Ă©crivent comme les dĂ©putĂ©s parlent. Un rĂ©dacteur en chef est un prĂ©sident du conseil, aussi autoritaire, aussi faible.» De la Raison, 1901.
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